Je sais, je sais, c’est un sujet qui n’est pas d’actualité, les livres sont sortis depuis longtemps, le premier film depuis un bon moment, le deuxième de sortira pas  avant plusieurs mois, alors pourquoi en parler maintenant ? Parce que j’en ai envie. Voilà.

 

Il y a très peu de livres auxquels je n’accorde pas le bénéfice du doute. Je pars toujours du principe qu’il y a un lectorat pour n’importe quel livre et que même si ce lectorat ce n’est pas moi, eh bien il y a quand même des gens à qui ce livre fera du bien, à qui il apportera quelque chose. Je n’ai rien contre Musso, ou Marc Levy (j’ai lu sept jours pour une éternité, je n’ai pas trouvé ça mauvais), même la collection Harlequin, je me dis qu’au moins ça fait lire les gens, ça leur fait découvrir des mots, parfois des idées, au moins ça les fait s’évader un petit peu. Je considère que lire, c’est toujours bien et qu’on peut tirer quelque chose de positif d’à peu près n’importe quelle lecture.

 

Je suis professeur de lettres classiques, donc autant dire que des livres, j’en ai lu beaucoup. Vraiment. Et pendant toutes ces années, il n’y en a qu’un seul dont vraiment je pense qu’il ne devrait pas exister : fifty shades of grey.

 

Il n’y a rien qui sauve ce livre. Ces livres. Rien. Et le pire, c’est que pour la première fois de ma vie, je suis intimement persuadée que c’est un fait objectif et non une vue de l’esprit. Ce livre ne devrait pas exister. Ou du moins, admettons qu’il puisse exister, il n’aurait JAMAIS dû être vendu comme il l’a été, il n’aurait JAMAIS dû connaître le succès qu’il a connu. Ce succès est, selon moi, le résultat d’un lavage de cerveau collectif, d’un véritable travail d’abrutissement des masses et le triomphe de la culture du viol. Personne ne devrait pouvoir dire « moi j’ai bien aimé fifty shades » sans recevoir les mêmes réactions négatives que quelqu’un qui dirait ouvertement « si c’est ta copine, tu peux la violer et la taper un peu c’est pas grave ».

 

Pourquoi tant de haine pour ce livre ? J’ai trois grandes raisons à cela.

 

1) D’abord, les idées véhiculées sont dégueulasses.

 

                1) La perception de soi

Le personnage principal est Anastasia (alias Ana), elle a 21 ans, étudiante en lettre donc censément intelligente, mince, brune aux yeux bleus, la peau pâle (évidemment), et se trouve… Moche. Le livre ne cesse de rappeler à quel point Ana se considère comme physiquement inintéressante, moche, transparente, banale, teeeellement moins bien que sa camarade de chambrée, Katherine, qui est extravertie, tellement plus jolie qu’elle à cause de … ses cheveux blonds. Apparemment toute la différence entre beauté et absence de beauté, c’est dans la couleur des cheveux. Merci les clichés…

Qu’Ana soit un personnage socialement gauche, soit, mais pourquoi devrait-elle se trouver laide alors que tous les indices textuels semblent indiquer qu’elle est tout à fait belle et désirable ? Elle sait d’ailleurs qu’elle a notamment un admirateur. N’a-t-elle jamais été mise en face d’un miroir ? N’a-t-elle jamais vu de couverture de magazines avec des femmes grandes minces et brunes aux yeux bleus ? On est en plein dans le cliché de « la fille super belle qui ne sait pas qu’elle est belle ». On me dira que les complexes font fi de l’intelligence  et de l’objectivité, mais le problème est que dans le cadre de ce roman, cette ignorance devient une qualité. C’est très bien qu’Ana ne se rende pas compte de son charme et ne se sente pas à la hauteur de n’importe qui. Ce livre encourage donc les femmes à se trouver laide même quand elles correspondent aux canons esthétiques arbitraires de la société. A se sentir en infériorité, car c’est tellement charmant. Ce serait dommage qu’une femme ait conscience du fait qu’elle est belle, elle pourrait ne pas rougir et écarter les cuisses dès qu’on lui dit qu’elle l’est. Il faudrait commencer à lui faire des compliments sur la personne qu’elle est et pas seulement sur la beauté de son cul ou de ses seins, ça ferait du boulot ! On est loin d’une quelconque bodypositivity, ce qui, dans la société dans laquelle on vit, dans un livre destiné principalement à un public féminin, est assez triste.

 

 

                2) les relations homme-femme

Mais ça ne s’arrête pas là, non non non ! Ce ne serait finalement pas bien grave ! Intéressons-nous maintenant aux relations hommes-femmes telles que décrites dans ce livre. Ana « tombe amoureuse » de Grey pour une seule raison : son énorme portefeuille. Il ne cesse de dépenser son argent de la manière la plus théâtrale possible afin de la séduire : jet privé, achat du magasin où elle travaille, cadeaux… On me dira que quitte à fantasmer sur un homme idéal, autant fantasmer sur le fait qu’en plus il soit plein aux as, après tout. Et je vous dirais oui, mais ici le problème c’est que la richesse n’est pas UNE des qualités de Grey. Elle est LA qualité. Celle qui rend toute séduction possible. Sans elle il n’y aurait pas d’histoire, et là je trouve ça tout de suite vachement plus dérangeant.

Ana décide très vite qu’elle va « sauver » Grey… Sauver. C’est quoi cet amour qui exige que l’autre change du tout au tout ? Ca dit quoi de la relation entre les deux ? Elle ne sait rien de lui mais elle l’aime, et elle sait que c’est avec un grand A… Non mais sans déconner, elle ne sait vraiment rien de lui, hein, j’exagère pas ! Que l’amour naisse au fil de la découverte de l’autre, je veux bien, mais là il est déjà là au départ et justifie tout ce par quoi elle passe pour le découvrir. CE N’EST PAS DE L’AMOUR IL FAUT ARRETER AVEC CA !!! Elle le désire, il lui fait tout drôle dans la culotte, okay, il n’y a rien de mal là-dedans, mais ce n’est pas de l’amour. Curiosité, désir, fascination, oui, mais amour ? C’est pas censé être un truc un peu plus profond qu’une chatte, l’amour ?

Et lui, ce qu’il ressent pour elle… Une obsession à la limite, mais pareil, il y a quoi de romantique dans un homme qui est un maniaque obsédé du contrôle ? Il rachète le magasin où elle travaille bon sang ! Il la flique en permanence ! On reviendra un peu plus loin sur cet abus de pouvoir permanent de Grey sur Ana, mais la conclusion de ce passage, c’est qu’au niveau relationnel, on nous dépeint un modèle clairement malsain qu’on essaye de nous faire passer pour glamour. On n’est à peine au-dessus de la prostitution étudiante avec l’histoire d’Ana, mais on essaye de nous dire que c’est romantique. Je ne suis pas d’accord.

 

                3) une fausse libération sexuelle

Bon, c’est un livre érotique, non ? Alors faisons un peu fi de la construction des personnages ! Est-ce vraiment si important que cela pour nous exciter ? Et puis au moins ça permet d’ouvrir un peu les idées des gens sur la sexualité, c’est pas si mauvais que ça !

 

Que nenni.

C’est un livre qui participe à la diabolisation des femmes qui se savent belles, qui sont forcément manipulatrices et utilisent forcément ce savoir comme outil de « puissance sexuelle ». La colocataire et meilleure amie d’Ana obtient ce qu’elle veut car elle est si joie, et sait en jouer. Ouvertement il y a une forme d’envie de la part d’Ana, mais en filigrane derrière, on sent que quand même, ce n’est pas vraiment une « fille bien ». et vive le slutshaming.

Quant à sortir un peu des carcans, n’oublions pas les règles de vie que lui impose Grey. Pour revenir sur l’absence totale de bodypositivity, Grey l’oblige à avoir le corps épilé à tout moment. Au temps pour la découverte du corps de l’autre, au temps pour la passion débridée qui se fout des conventions, au temps pour l’espoir d’une sexualité un tant soit peu alternative : Ana est désirable mais uniquement si elle continue de bien se plier aux diktats actuels : les poils, c’est moche, c’est sale, c’est CACA ! Rase tes poils, vilaine femelle ! Et puis l’homme, il est dominant, la femme est dominée, faudrait pas risquer de montrer un homme en train de se faire fouetter le cul. A un moment il laisse Ana décider de ce qu’elle veut faire. Bonne occasion pour elle de découvrir une autre facette de sa personnalité, pourquoi pas voir si elle aime être de l’autre côté de la cravache ? Ah, ben non. Ils finissent par faire l’amour façon vanille.

Tout le monde en a parlé, mais c’est quoi cette représentation de la sexualité féminine ? Ana semble avoir une fontaine entre les cuisses, et jouit d’à peu près toutes les parties du corps. Même pas besoin pour Grey de faire quelque effort, il lui suffit de s’approcher et elle est déjà à deux doigts de l’orgasme, faaaaaacile ! Il lui suffit de la pénétrer et elle jouit comme jamais, toutes les deux pages, c’est merveilleux. Alors il existe peut-être des femmes qui jouissent dès qu’on introduit un truc dans leur vagin, ou qui jouissent quand on leur caresse les seins, les jambes, le nombril ou le coude gauche, mais on va dire que ce n’est sans doute pas la majorité. Ici, donc, la femme doit jouir, mais elle jouit quasiment toute seule, sans qu’il soit besoin de faire quoi que ce soit de spécial, ou même de biologiquement un tant soit peu probant… Génial. J’aimerais bien que ce soit aussi simple, mais honnêtement, pour me sentir excitée, il va falloir me décrire des scènes un peu plus réalistes que « il s’approche d’elle, elle mouille, il la met toute nue, la pénètre, elle jouit à peu près douze mille trois cent quarante six fois. »

Bref, on continue dans la propagation du mythe du Saint-Pénis qui apporte excitation, plaisir, jouissance et sans doute prospérité sur douze générations par sa simple présence. On continue de mettre la pression aux femmes à jouir, mais en plus on se sentirait presque anormal si on ne jouit pas au moindre souffle dans le cou ou au premier massage de l’aisselle droite venu…

 

 

2) Une valeur documentaire nulle

Bon, les idées sont pourries, d’accord, mais au moins ça mis en lumière la sexualité BDSM, ça a ouvert des horizons aux ménagères de moins de cinquante ans, non ?

 

Alors déjà faut arrêter avec le « mommy porn » c’est du grand n’importe quoi, c’est pas parce que vous n’avez pas envie d’imaginer vos parents en train de baiser comme des petits cochons qu’ils ne l’ont pas fait. Le sexe, ça se pratique depuis lonnnnngtemps (j’ai horreur de ce genre de formulations excessives, mais pour le coup une expression du type « depuis l’aube des temps » serait presque utilisable ! Presque seulement parce que les premiers organismes ne se reproduisaient pas de manière sexuée, donc bon…), n’ayez donc pas la prétention de croire que ce sont les jeunes de 20-30 ans qui ont tout inventé, bon sang ! Et du peu d’expérience que j’ai dans le milieu BDSM, on trouve laaaargement autant (voire plus) de quinquagénaires que de jeunes gens de vingt ans. Donc voilà, stop avec le « mommy porn ».

 

Ensuite, la relation dépeinte entre Ana et Grey n’est absolument pas une relation BDSM. C’est une relation abusive. Point. Il y a tout un tas d’articles et de témoignages de la sphère BDSM sur le sujet que je mettrai en lien qui en parlent (et beaucoup beaucoup mieux que moi) donc je vais faire vite et en simplifiant beaucoup (si des lecteurs pratiquant le BDSM ont envie de laisser des messages plus précis ou de me reprendre sur quelque chose que je vais dire, surtout n'hésitez pas) : une relation BDSM est fondée sur un échange de pouvoir et sur une communication et un consentement constants. JAMAIS on n’ignore un safeword. JAMAIS. Si on ignore un safeword (ou un geste de sécurité dans le cas où on serait bâillonné/ bâillonnée), l’acte sexuel se transforme en viol. Le viol n’est absolument pas plus toléré dans la sphère BDSM qu’ailleurs. Jouer à se faire malmener par une personne en qui on a toute confiance et avec qui on a discuté plus ou moins longuement du scénario, ce n’est pas un viol, c’est ce qui s’appelle un jeu de rôle. Ca, c’est courant. Outrepasser une limite, procéder à un acte sans s'assurer du consentement de l'autre, c’est un viol. Ca, c’est mal, ça se finit en prison. Il existe des relations où il n’y a pas de safeword, mais en général c’est dans des cas où les deux protagonistes se connaissent extrêmement bien, connaissent leurs limites respectives, se font une confiance totale, et où le dominant sait très bien lire la communication non-verbale de son ou sa soumis/soumise afin de ne jamais dépasser les limites.

Or Grey outrepasse joyeusement le safeword d’Ana. Rien que cela, cela donne une image totalement fausse de ce qu’est le BDSM.

La scène du contrat que doit signer Ana est à mourir de rire. Elle est vierge mais doit choisir, sans avoir jamais rien expérimenté, les actes auxquels elle consent et ceux auxquels elle ne consent pas. Et là encore, on se trompe dans ce qui se passe dans l’échange de pouvoir entre dominant et soumis. J’ai lu quelque part il y a longtemps, et j’ai tendance à être plutôt d’accord avec cette phrase, que celui qui garde le contrôle, en définitive, c’est toujours le soumis/la soumise. En effet c’est son consentement qui est à l’origine de tout rapport. Le soumis peut faire cesser n’importe quel rapport à n’importe quel moment et le dominant doit s’y plier. C’est également au soumis d’imposer le fantasme et les limites, et au dominant de s’adapter (même si cela peut être l’objet de discussion afin que les deux partis y trouvent leur plaisir et leur amusement). Ici on part du principe qu’Ana devra se soumettre à tout ce qui chantera à Grey tant que ça fait partie de ce qu’elle a signé (sans savoir exactement ce pour quoi elle signait, je le rappelle). Ca ne marche pas comme ça. Jamais.

 

Ce livre prône donc des pratiques dangereuses, et ce n’est pas juste un avis que je sors de mon chapeau. Il est à noter qu’il y a eu une hausse des accidents sexuels domestiques après la sortie des livres, et c’est en grande partie parce que le BDSM décrit dans fifty shades n’est absolument pas réaliste. Pas de discussion avant, pas de communication pendant (ben oui, la communication ça « kill the mood », c’est bien connu ! Je milite pour qu’on considère comme sexy la communication sexuelle. Il n’y a rien de plus sexy qu’un homme qui le demande avant de m’embrasser, ou exprime son consentement verbalement et avec enthousiasme)… Forcément, si on fait ça dans la vraie vie, ça mène à des accidents ! La sphère BDSM entière s’est sentie insultée par les propos de ce livre. Quand on écrit sur un milieu, il me semble que c’est la moindre des choses que de se renseigner un tant soit peu sur ce milieu, ce que n’a visiblement pas fait l’autrice de ce livre. En même temps quand on pond une trilogie en l’espace de quelques semaines, est-il étonnant que le travail soit bâclé ?

 

 

3) aucun intérêt littéraire

 

Oui parce que là on arrive au troisième et dernier point de cet article. Ce qui est pour moi quasiment le plus grave et qui est souvent laissé de côté ou considéré comme peu important au regard du reste alors que pour moi, puisqu'on parle d'écriture et d'art, c'est le plus grave.

 

fifty shades

 

Je suis prof de lettres, ce qui veut dire que lorsqu’il s’agit de littérature, je n’ai absolument AUCUNE MORALE. On peut me raconter les pires horreurs, les plus énormes conneries, si elles sont bien écrites, ça PASSE. A contrario, si un bouquin est mal écrit mais qu’il dit des choses intéressantes ou qu’il y a de belles idées, ça passe aussi. Donc voilà pour que je dise qu’un livre ne passe pas, c’est grave.

 

Fifty shades est horriblement mal écrit. J’ai lu la traduction française, et j’ai eu la nausée tellement c’était mauvais. J’ai lu des extraits anglais et ce n’était pas mieux. Rien ne va. L’usage de la langue est à chier. Grey, l’homme de culture, l’homme puissant, parle comme un demeuré et ne cesse d’appeler Ana « bébé », ce qui ne correspond pas à l’ethos de son personnage.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, une scène de sexe, c’est très difficile à écrire : il y a le problème du vocabulaire à choisir (pas trop ordurier si on veut plaire au plus grand nombre, pas trop médical au risque que ça se finisse en description gynécologique/urologique, pas trop métaphorique au risque de devenir ridicule…) le rythme, la description des sensations, éviter de tomber dans les clichés lus mille fois… C’est très difficile, essayez, un jour, vous verrez ! Or dans fifty shades toutes les scènes sont ratées. L’autrice elle-même semble l’avouer puisqu’elle ne peut s’empêcher de préciser, dans TOUTES les scènes érotiques « qu’est-ce que c’est cochon » « c’est tellement excitant », etc. Indice : s’il y a besoin de le préciser, alors c’est que la scène est ratée. Et puis au bout d’un moment, elle décide de se tirer une balle dans le pied et invent « la déesse intérieure ». Cette « déesse » est sans doute la déesse de la cyprine car elle ne se manifeste que quand Ana mouille sa culotte… Cette déesse semble s’exprimer uniquement par la danse. OKAY. Moi personnellement il y a pas mal de choses qui me posent problème là-dedans, mais bon… Soit. Mais quand tu fais des efforts pour essayer de t’exciter un peu sur une scène qui semble avoir été écrite par un gamin de quatorze ans et que d’un seul coup tu lis une phrase du style « ma déesse intérieure dansait le tango et le cha-cha », le découragement t’envahit. Non mais vraiment. Je veux dire sans rire c’est un turn off total !

 

Les phrases sont mal construites, l’autrice semble ne connaître que le verbe « dire », les comparaisons sont juste à chier (Ana est rouge « comme le petit livre de Mao », non mais sans rire ça sort d’où ça ???), les personnages sont construits en dépit du bon sens, sans aucune profondeur, sans aucune complexité. A aucun moment le désir d’Ana n’est exploré de manière volontaire. A aucun moment elle ne se dit « hé, mais en fait j’aime bien me faire fouetter le cul ». On a l’impression d’être dans histoire d’O, avec un personnage creux comme O, mais la qualité en moins (d’autant que O a été au contraire soigneusement construite pour n’être, justement, qu’un réceptacle). Bref, pour le coup, littérairement, c’est tout simplement à chier. Pas de discussion, ce n’est pas une affaire de goût, c’est objectif (et il est extrêmement rare que je parle d’objectivité en matière littéraire, mais vraiment, là, non).

 

 

Donc voilà : on est face à un livre qui prône des idées abjectes, qui n’a aucune valeure intellectuelle ou documentaire et qui, en plus, est écrit avec les pieds. Des pieds sans grand talent. Alors oui, on a le droit d’aimer. Sauf que là où je me mets très en colère, c’est que ce livre a eu droit à une comm d’enfer. On nous l’a vendu comme le premier livre de ce genre qui existe, et c’est totalement faux. A la même époque ou presque paraissait Juliette society, de Sasha Grey, un livre où une jeune femme, ayant déjà une vraie vie sexuelle et en pleine possession de ses moyens, découvre peu à peu ses penchants pour le BDSM. Là encore je n’ai pas eu le temps à l’époque de lire ce livre en entier, mais les passages que j’ai lus sont lumineux. Il n’a eu aucun traitement médiatique ou presque. Pourtant l’autrice savait au moins de quoi elle parlait ! (et le style est bien meilleur).

On a fait croire aux lecteurs qu’il était acceptable d’aimer ce livre, alors qu’il parle de manipuler, violenter et violer des jeunes femmes. Alors qu’il « glamourise » la violence domestique. Alors qu’il propage l’idée que les femmes sont intrinsèquement vénales. Alors, enfin, qu’il est ignoblement mal écrit. On a fait croire aux lecteurs qu’ils n’avaient pas d’autres choix que de lire ça s’ils avaient envie de « pimenter leur couple » (un jour je ferai un article là-dessus aussi mais lisez déjà des articles de Maïa Mazaurette, vous aurez déjà du grain à moudre sur la question…) alors qu’il existe déjà des textes, et de bien meilleurs ! (tenez, en quelques clics sur internet hop, quelques idées pour votre bibliothèque : http://mehere.free.fr/alamut/6-divers/lectures_bdsm.html et personnellement je rajouterais bien tout ce qui tourne autour de la sexualité libertine du XVIIIe siècle : Point de lendemain, de Vivant Denon, doit être une de mes nouvelles préférées, Le Sofa, de Crébillon, Thérèse Philosophe, d’un anonyme, bref, cherchez et vous trouverez !)

 

Et au bout d’un moment, non, ce n’est pas qu’une question d’opinion. Pour moi dire qu’on aime bien Fifty Shades, c’est dire qu’on ne voit pas le problème du viol conjugal. C’est dire qu’on a tellement intégré la culture du viol qu’on ne le voit même pas quand il nous est décrit. C’est effrayant, ce n’est pas qu’une question de goût comme « oui ben moi j’aime bien le vert pisseux » ou « j’aime bien l’odeur de tabac froid » (véridique, il y a des gens comme ça). Ca va plus loin, et c’est peut-être ma sensibilité qui veut ça, mais quand on me dit ça, j’ai le même genre de réactions que quand quelqu’un me dit qu’il est un peu d’accord avec les idées du FN quand même. Non, il y a des choses qui ne sont pas QUE des questions d’opinions et de goût. Un livre qui glamourise le viol sans même avoir l’excuse d’être artistique, je dis non. Inacceptable. Et des lecteurs qui lisent ça parce que la Sainte-Télé leur a dit que c’était trop bien sans se renseigner, sans chercher à voir ailleurs, ils ne sont pas QUE victimes. Ils ont tous un cerveau qu’ils pourraient utiliser autrement. Réveillez-vous bon sang et arrêtez de gober gentiment tout ce qu’on vous dit de gober !

 

 

Articles qui m’ont aidée à écrire le mien et que vous pouvez consulter pour plus d’infos :

http://www.lecinemaestpolitique.fr/50-shades-of-s-la-violence-conjugale-monochrome/

http://www.barbieturix.com/2015/02/15/fifty-shades-of-grey-ou-la-culture-du-viol/

http://www.madmoizelle.com/fifty-shades-bdsm-temoignages-321226

http://www.slate.fr/dossier/41531/fifty-shades-le-live-blog

http://www.slate.fr/culture/63653/cinquante-nuances-de-grey-le-sm-de-fifty-shades-est-il-realiste

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/sexualite/plus-d-incidents-lies-aux-sextoys-depuis-cinquante-nuances-de-grey_1650544.html

http://www.huffingtonpost.fr/2015/02/12/london-fire-brigade-conseils-50-shades-of-grey-50-nuances-de-grey_n_6667286.html