J'aimerais réagir rapidement sur la polémique qui existe en ce moment autour de la "mode islamique" à laquelle participe notamment Ralph Laurens. J'ai lu un article très intéressant sur ce sujet, article qui élargit le propos en montrant que même en étant féministe, on peut avoir une attitude colonialiste.

 

LE FEMINISME BLANC EST-IL RACISTE?

Le féminisme blanc est-il raciste? La question peut sembler impertinente, cependant elle mérite d'être posée au regard des nombreuse déclarations de certaines féministes blanches à l'égard des femmes noires et arabo-musulmanes. La semaine dernière, Laurence Rossignol, ministre française des familles, de l'enfance et des droits des femmes a provoqué la colère de nombreux internautes (à...

http://afrofeminista.com

 

 

Nous n'appartenons pas à un seul système, mais à une convergence de systèmes. Ainsi on peut prendre position pour les opprimés dans le système hommes/femmes, mais se retrouver dans la position d'oppresseur dans le système Blancs/racisés. Difficile de lutter contre tous les acquis, plus ou moins vicelards, que la société nous fourre dans le cerveau, mais c'est nécessaire, toutes les luttes contre les inégalités vont de paire !

 

Afrofeminista a, selon moi, très bien traité le sujet, je ne ferai donc que rajouter quelques réflexions personnelles, inspirées également par cette vidéo :

 

Mode islamique : la polémique - Tops/Flops - 31/03/2016

Laurence Ferrari, Aïda Touihri, Roselyne Bachelot, Elisabeth Bost et Hapsatou Sy dynamitent les matinées de D8 du lundi au vendredi à 10h40. Libres dans leur pensée comme dans leur parole, les 5 drôles de dames réagissent aux sujets qui font l?actualité : politique, société, santé, économique et culture.

http://www.d8.tv

 

Sur la vidéo, d'abord, je suis assez choquée des propos de Roseline Bachelot, qui se lance dans une étude fumeuse de l'utilisation du mot "nègre". Qu'un linguiste fasse une thèse sur le sujet et nous invite à y réfléchir, fort bien, mais ce n'est absolument pas ce qu'a fait Mme Rossignol en utilisant ce terme. Elle n'a invité à aucune réflexion en utilisant ce mot, l'a utilisé deux fois de suite (puisqu'elle s'est corrigée : "Nègres africains... nègres américains") sans revenir sur ses paroles et en proposant, de plus, un argument assez nauséabond. Admettons même qu'elle ait été de bonne foi, l'histoire de l'esclavage est un sujet bien trop douloureux pour une grande partie de la population, pour qu'une ministre puisse se permettre de l'utiliser ainsi, rapidement, sans développer ni expliquer ce qu'elle entend, sans choisir avec soin les mots qu'elle utilise. Si c'était le mot "youpin" qui était sorti de sa bouche, je crois qu'elle aurait été forcée à la démission rapidement.

Elle a pu dire le mot "nègre" sans que personne ne l'interrompe, sans que personne ne soit interloqué, et cela aussi, c'est choquant. Que les Noirs utilisent un terme dont on les a affublés, nous, les Blancs, c'est une chose, mais lorsqu'un Blanc utilise ce même mot, c'est inacceptable, et c'est NORMAL, que ce soit inacceptable. Vous avez déjà entendu parler de Cyrano ? "Je me les sers moi-même avec assez de verve/ Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve" ? J'ai le droit de me moquer de MON gros cul, mais le premier qui me traite de grosse vache se prendra ma main dans la gueule. Et il l'aura cherché.

Les paroles de Mme Rossignol sont inacceptables, impardonnables, et je ne comprends pas cet espèce d'esprit de corps qui revient à l'assaut dans les paroles de Mme Bachelot qui tient absolument à défendre la ministre, et à dire qu'en plus elle ne mérite pas de sanction.

 

Je suis également choquée que pour bon nombre de gens, "libérer" ce soit forcément "montrer", "dénuder". C'est sensible dans les paroles d'Elisabeth Bost, qui ne parle que de libérer pour montrer : montrer les jambes avec le pantalon, montrer les doigts de pieds dans je ne sais quelle ballerine... Effectivement, la libération sexuelle est passée, en occident, par le fait de montrer, de se dénuder, de brûler nos soutien-gorges (la première qui approche une allumette de mes soutien-gorges de luxe, je l'étripe, non mais ! Pas touche à mes soutifs chéris !!!) mais il faudrait être aveugle pour ne pas voir que cela ne nous a pas libérées complètement, finalement, et qu'à présent nous avons, en plus, une nouvelle injonction : celle d'être sexy. Tout le temps. Il y a une pression incommensurable sur les femmes occidentales à être jolies et sexy, notre valeur est liée à notre capacité à susciter le désir chez l'autre, et en particulier chez cet autre fantasmé qu'est "l'homme de la rue", "l'homme lambda", l'homme, finalement, qui ne nous connaît pas personnellement. Rien à foutre si l'homme avec qui on partage notre vie nous désire, même quand on est en vieux jogging avec les cheveux en vrac, rien à foutre qu'il craque sur notre sourire, notre voix ou notre gros orteil, ce qui compte, c'est de faire envie à des hommes qu'on ne connaît pas et qui n'existent même pas pour de vrai. Des hommes qui ne sont que des constructions sociales que nous avons intériorisées et qui nous observent en permanence, puisqu'ils sont aussi dans nos têtes. Nous n'avons plus tellement le choix de nous cacher (il n'y a qu'à voir les remarques qu'on peut se prendre en se promenant en vieux jogging, par exemple !) Alors vraiment, rejeter d'un simple "MMMnnnnnoooonnnn, j'crois paaaaas" la remarque pourtant pertinente d'Hapsatou Sy sur le sujet, je trouve ça indécent. Il est indécent de faire croire qu'en occident, en France, les femmes sont libres. Car c'est faux, nous ne le sommes pas, alors avant d'aller chercher la paille dans l'oeil du voisin, on ferait sans doute bien d'aller chez l'ophtalmo pour se faire enlever la paille du nôtre.

 

Ce tollé général contre le voile est un tollé colonialiste. On n'écoute pas les femmes qui portent le voile (les pauvres elles sont trop incultes/idiotes/embrigadées pour comprendre, on sait mieux qu'elles), on décide unilatéralement de ce qu'il faut faire, et on supprime un choix, au nom de la liberté. C'est stupide et contre productif ! Soit les femmes sont forcées à porter le voile, et dans ce cas, il est plutôt bon qu'elles aient au moins le choix de leurs vêtements, soit elles le portent de leur plein gré et qui sommes nous pour les en empêcher ? Ecoutons ces femmes, et défendons-les quand elles se font agresser, harceler, insulter.

 

 

J'ai enfin une remarque à faire, c'est que la mode, C'EST l'affaire des podiums. Les créateurs sont là pour ça. On a vu des créateurs jouer avec des chaînes, on a TOUS vu des créateurs proposer des habits importables, et personne n'a rien dit. Ici un créateur propose un vêtement qui est là pour suivre une mode qui existe, qu'on le veuille ou non, ailleurs que chez nous dans notre petite France riquiqui qui n'est pas le centre du monde, et on pousse de hauts cris, on hurle, on accuse. Chill. C'est juste des fringues. On ne libère pas les gens en leur retirant des choix. J'ai le choix de me maquiller, ou de ne pas le faire, les femmes ont le choix de porter des jupes ou des pantalons (les hommes devraient avoir ce même choix), eh bien je ne vois pas pourquoi les musulmanes n'auraient que le choix de NE PAS porter le voile. Ca va dans les deux sens !

Quand le kimono féminin s'est invité sur les podiums, personne n'a réagi. Tout le monde a salué les couleurs, le style, les tissus. Pourtant le kimono féminin est un outil d'oppression masculine, tout autant (voire plus) que ne l'est le voile. C'est un vêtement extrêmement contraignant : il force à faire de tout petits pas (les femmes ont donc des difficultés à se déplacer), certains kimonos ont des manches très longues qui empêchent les femmes d'utiliser leurs mains de manière pratique. Ils se nouent par derrière et nécessitent de l'aide, ainsi la femme ne peut s'habiller seule. Surtout, elle ne peut se déshabiller seule ! Les hommes ne sachant pas faire le noeud de l'obi, on était ainsi assuré qu'une femme n'allait pas se dévêtir pour coucher avec un homme, puisqu'elle risquait de rester toute nue après coup. Seules les prostituées avaient un obi qui se nouait devant, et non derrière. Mais le kimono ne cachait pas le visage ni les cheveux (que nous, occidentaux, nous trouvons attirants), donc il a immédiatement été reçu comme un habit traditionnel, et non comme une "prison", qu'il était pourtant au même titre que le voile. Pourquoi le voile, une fois sur les podiums, ne bénéficie-t-il pas du même traitement ? Pourquoi n'est-il pas considéré comme un habit traditionnel que les créateurs peuvent utiliser à leur guise ? N'y aurait-il pas là deux poids, deux mesures ? Personnellement, je pense que c'est en partie parce que le kimono nous permet de projeter notre vision de l'érotisme occidental sur la personne qui le porte, tandis que le voile, en cachant une partie du visage ainsi que les cheveux, nous en empêche. Puisqu'il nous empêche de projeter nos désirs, alors il devient insupportable. Finalement, empêcher une femme de porter le voile est un acte aussi violent que de la forcer à le porter. Et Laissez les créateurs faire leur job. Si vous étiez musulmane, vous n'aimeriez pas l'idée d'avoir un superbe voile Ralph Laurens pour les grandes occasions ? Genre le mariage de votre meilleure amie, ou une fête particulière ? Ah oui parce qu'il existe aussi des femmes qui portent le voile comme un vêtement traditionnel, pour certaines occasions seulement (comme les chrétiens qui ne vont à la messe qu'à Noël et à Pâques). Qui sommes-nous, là encore, pour les empêcher de vivre leur culture ?